dimanche 9 octobre 2011

Groenland.6

Le samedi 06/08, nous sommes donc entrés dans le Fjord du Roi Oscar. Il y a pas mal de glace et il faut donc trouver un passage dans ce labyrinthe. Notre première escale sera sur l'île d'Ella (le point sur la carte). Nous devrions y arriver dans la nuit.

Jonas et l'équipage sont sur le pont depuis un sacré bout de temps et les tensions commencent à se sentir. Il faut dire que de trouver un passage n'est pas chose aisée. Jonas est à la barre, Simon à ses côtés, Richard dans le nid-de-pie et Søren à la proue. Le bateau percute plusieurs fois des blocs de glace. Celui-ci à une coque renforcée mais il n'a pas la puissance des brise-glace actuels. Jonas ne semble pas satisfait des indications de Richard et se met à lui gueuler dessus:

Simon reste stoïque à ses côtés mais me dira plus tard qu'il était en colère. Je n'ai jamais su contre qui exactement: Jonas, Richard ou la glace?

Jonas explique à Richard qu'il faut y aller en douceur. Que ça ne sert à rien d'entrer de front dans la glace. Que si on la pousse, elle va devenir plus dense. Bref, tout ça est un peu tendu. Mais comment ceci pourrait-il en être autrement? Je n'ose même pas imaginer les responsabilités qui incombent à chacun des membres de l'équipage.


Pendant la journée, je suis en train de dessiner tranquillement à la proue quand j'entends Michael m'appeler dans mon dos. Je me retourne et je me retrouve face à Michael et Torben, caméra à l'épaule et perche-son en main. Piégé! Il me demande ce que je suis en train de faire. Je bafouille dans un anglais approximatif. Ça fait marrer Michael. Il y aura plusieurs petites interviews comme celles-là pendant le séjour. J'ai beau dire à Michael que je suis une buse en anglais et que personne ne comprendra se que je dis, lui, ça le fait marrer. Il doit trouver ça exotique!

Dimanche 07/08. Vers les 3 heures du matin.
Je dormais quand j'ai entendu l'ancre descendre. Le moteur ne tournait plus. Je savais qu'on était enfin à Ella. J'ai sorti ma tête sur le pont et voilà ce que j'ai vu:

Ella Island. Cette île sur laquelle Jørn Riel est arrivé à 19 ans en 1951, nous y sommes, 60 ans après. Tout semble avoir été pensé à la manière d'un tableau. Chaque petite touche orange des maisonsjusqu'aux bateaux, le ciel parfaitement bleu, la montagne imposante qui surplombe le tout.

La station principale baptisée "Eagle's Nest", a été construite au nord de l'île, dans les années trente par l'équipe du géologue et explorateur danois Lauge Koch, ici sur la photo.

Sur le pont: Michael, Jonas, Jeppe, Valdemar et Simon. On me propose une bière que j'accepte volontiers, ce qui fait marrer tout le monde. Ben quoi? Faut bien fêter ça, non? Pendant que je prends des photos, j'entends une détonation, comme celle d'un fusil. On m'explique que c'est sûrement un morceau de glace d'un iceberg qui vient de tomber. Je retourne me coucher jusqu'à 6h00 du matin. Il faut que l'on fasse le ménage et que je change de cabine. Je vais être dans celle de Jørn désormais. Les autres membres de l'expédition (Per Kirkeby, son assistant Myko, Tais et Minik Rosing) sont sur l'île et vont nous rejoindre pour la suite du voyage. Nous devons aussi recevoir la visite des militaires danois qui vivent sur l'île. J'en ai vu un dans mes jumelles tout à l'heure. Cheveux longs, longue barbe, à poil, muscles saillants, courant sur le ponton, suivi dans un énorme chien blanc et sautant dans l'eau glacé. Le parfait viking!
Ceux-ci ont l'air plutôt sympathique une fois à bord. C'est amusant de voir ces musclors aux cheveux longs s'entretenir avec Jørn. Ils connaissent évidemment ces bouquins.

Je m'amuse à prendre une photo de moi avec mon vieux t-shirt de Stupeflip pour l'envoyer à mon pote Cadillac. Stupeflip jusqu'au Groenland!


Une planche racontant notredébarquement sur l'île. Je l'ai faite lors de ma dernière semaine solitaire à Scoresbysund.
Pour la faire, je suis parti, entre autres, de ces quatre films.

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Les baraquements militaires de la Sirius Patrol. Le travail de ces militaires est similaire à celui des garde-chasse en quelque sorte. Ils restaurent aussi les différentes huttes et cabanes de trappeurs disséminées dans tout le nord-est du Groenland. La Sirius patrol est aussi connue pour avoir mener un combat épique en traineaux à chiens contre les allemands durant la seconde guerre mondiale.
"Eagle's nest"


Søren et un des chiens des militaires.




Les tinettes, comme dans le racontar "Une condition absolue". Celles-ci servent de douche aussi.


Le côté droit de la station.


Des crânes de bœufs musqués. j'en ai vu deux s'enfuyant à toute berzingue sur le rivage, un des chiens de la patrouille leur cavalant au cul. Ils ont ensuite grimpé à flanc de colline tels des chamois. Ils sont d'ailleurs de la famille des chèvres et non des bœufs, malgré leur nom et leur taille aberrante.

En face d'Ella


Les deux baraquements de gauche servent aux scientifiques qui viennent régulièrement sur cette île.


J'entre dans la station...


Jonas me montre quelque chose sur le rebord de la fenêtre...

La clef personnelle de Lauge Koch.


La bibliothèque avec, entre autres, un des recueils des racontars.


La cabine de Jørn, dans laquelle il a passé quelques années de sa vie et où il compte bien dormir ce soir-là.

Chaque détail de cette maison me fascine. Je prend des tonnes de photos. Ici, un calendrier de 1957 avec encore des inscriptions dessus.

Jørn me montre sa cabine qui était aussi la "radio room". Quand il est venu sur Ella en 1951, c'était pour s'occuper de la radio. Tout le matériel y est encore.





A terre, il y a obligation d'avoir des fusils à cause des ours blancs.
Celui-ci n'est pas tout neuf et Jonas s'amuse à le démonter.


Tais et Minik, les deux géologues de l'expédition nous rejoignent. Ils étaient partis à la recherche de roches et de fossiles.

Plus tard, je dessine Tais et Minik de mémoire. Minik voyant ces dessins me dira qu'il n'a jamais porté ce genre de pantalon ridicule!

Tais.

Le soir, nous nous réunissons tous pour un repas dans la station. Bo a préparé un chili con carne et nous avons du vin rouge chilien pour faire descendre tout ça. L'ambiance est chaleureuse mais à ma grande frustration, je n'entrave que dalle aux conversations en danois. Tout le monde se marre à une histoire de Jeppe. Je finis par dessiner afin de garder une trace de tout ça.



J'ai l'impression de me retrouver dans le repas des "Joyeuses Funérailles", cadavre congelé en moins.